mercredi 20 juin 2012

SECUNDA VIA : LA PREUVE DE L'EXISTENCE DE DIEU PAR LA HIÉRARCHIE DES CAUSES - en cours de rédaction

J'ai toujours eu du mal à mémoriser, et surtout à comprendre les raisonnements qui conduisent saint Thomas d'Aquin à prouver rationnellement l'existence de Dieu.  Je dis à qui veut bien l'entendre qu'il est urgent que la recherche philosophique en revienne à la métaphysique, mais quand je m'y coltine moi-même, je mesure toute la difficulté de l'entreprise.   

Si je reviens le plus souvent bredouille de mes pérégrinations métaphysiques de péripatéticien amateur, je dois convenir que l'exercice constitue tout de même une très efficace technique de dégonflement de l'ego (cette vilaine baudruche qui s'enfle tout le temps).  Vivent les croix, donc.  Vive la croix de l'enrayage des neurones.  Vive la croix de Jésus-Christ qui rend toutes les croix fécondes. 

Ce soir, néanmoins, c'est fête au village, car je crois bien avoir gravi l'Evrest de la secunda via, de la deuxième preuve de l'existence de Dieu, de la preuve par la hiérarchie des causes.  Laudate Jesus!  Avant de vous exposer ma compréhension de l'argument, le voici d'abord, résumé par un philosophe au style parfaitement limpide, Fernand Van Steenberghen (1904-1993) :

Représentation du Dieu créateur à l'origine du monde
"Il y a dans l'univers une hiérarchie de causes et d'effets ; cette hiérarchie ne peut pas se réduire à une série de causes causés, c'est-à-dire à des causes-effets, même si cette série était infinie, car, sans cause initiale non causée, la série tout entière est inconsistante et impossible ; il faut donc remonter à une cause première non causée, qui est Dieu." [1]


Dans cet argument, je retiens d'abord l'idée de l'impossibilité d'une remontée à l'infini de la hiérarchie des causes-effets.  L'idée d'une remontée à l'infini est pourtant une des hypothèses qui s'offrent à l'intelligence, car dès lors qu'on commence à remonter effectivement la hiérarchie des causes, on se trouve rapidement placé devant cette hypothèse d'une éventuelle remontée à l'infini de la hiérarchie. Qu'est-ce qui nous dit que la hiérarchie n'est pas infinie finalement?   

Cette idée d'une remontée à l'infini paraît séduisante jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'elle a le très grave défaut de ne rien expliquer.  Elle ne fait que repousser indéfiniment la résolution du problème, et donc finalement l'aggrave au lieu de le résoudre, car en faisant dépendre l'existence de l'ensemble des causes-effets d'une énième causes-effets, peut-être plus fondamentale que toutes celles qui lui succèdent, mais jamais aussi fondamentale que celle qui la précède, on ne fait rien qu'avouer son impuissance à parvenir à une cause explicative ultime. 

L'idée d'une remontée à l'infini n'a aucun sens, car cette cause plus fondamentale dont tout découle à partir d'un niveau x de la hiérarchie dépend en fait elle-même d'une autre cause qui l'a produite et dont elle est l'effet directe - car selon cette hypothèse la remonté des causes est infinie.  Aucune cause de laquelle sort toute la suite de la série des causes-effets à partir d'un certain niveau ne peut donc prétendre être une véritable cause les expliquant toutes, puisqu'il y aura toujours au moins une cause qu'elle ne contient pas, qu'elle n'a pas causée, et dont elle est l'effet.    

Finalement il faut convenir que d'une seule cause-effet perdue quelque part dans l'infinité de la hiérarchie des causes-effets ne peut déprendre l'existence de la hiérarchie tout entière.  Autrement dit, une seule de ces causes-effets ne nous expliquera jamais d'où vient cette hiérarchie.  Et c'est pour cette raison qu'on peut affirmer que s'il y a remontée à l'infini des causes, il n'y a pas d'explication à l'existence de la série des causes, et qu'il n'y a pas de solution au problème de l'origine de cette série.  

Mais admettre l'existence d'un problème et nier qu'il puisse y avoir une solution à ce problème est en soi problématique!  Si le problème de la hiérarchie des causes existe, il y a nécessairement une solution rationnelle à ce problème.  En réalité, la seule façon de résoudre la difficulté est d'admettre qu'il est impossible que la remontée des causes-effets soit infinie.   Au terme de la remontée il doit y avoir une cause première qui, elle, n'est pas causée - sans quoi l'exténuante odyssée de la remontée à l'infini reprendrait de plus bel. 

Ainsi, défendre l'idée qu'il y a infinité de causes-effets en vient à défendre l'idée qu'il n'y a pas de solution au problème de l'origine causale de la séries des causes-effets.  Or, il est impossible qu'il n'y ait pas de solution réelle au problème bien concret et bien réel de la causalité dans le monde.  S'il y a un problème, il y a nécessairement une solution.  Et cette solution implique l'existence d'une cause absolument première, qui existe, à laquelle on abouti au terme à la remontée des causes, et sans laquelle il n'y aurait tout simplement pas de hiérarchie des causes.

Puisque nous savons qu'un telle hiérarchie existe, car nous sommes tous les jours témoins de la logique causale à l'œuvre dans le monde, à tous les niveaux de la hiérarchies des être, nous sommes ainsi conduit à admettre l'idée que la hiérarchie des causes s'arrête à une première cause non causée, "quam omnes Deum nominant" (que tous appellent Dieu) [2].  Notons par ailleurs que la preuve par la hiérarchies des causes peut aussi être appelée preuve par l'origine, parce que par elle s'impose l'idée d'une origine première de toutes les causes secondes.

______

[1] Van Steenberghen, Fernand, Le Dieu caché, Publications universitaires de Louvain (coll. Essais philosophiques), 1966, p. 144.

[2] Thomas d'Aquin, Somme théologique, Éditions de la revue des jeunes, tome 1, 1925, p. 79.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire